Le poème de la quinzaine / fin juin 2017

Le moderne :

Charles Le Quintrec, Vieux pays

Il me souvient d’un vieux pays d’herbe et de brume
On y mène parfois les âmes. Le silence
Y règne dans le vent qui rameute la mer
C’est là-bas… Quelle baie pour y plonger le ciel
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L’ancien :

Marie Noël, Quel Père ai-je, ô mon Père ? Toi !

Père, c'est vrai. Souvent la nuit,
Quand je ne sais plus où je suis,
Plus où tu es, à la male heure
De l'abîme, je vague, pleure
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La trouvaille :

Rémy Belleau, Affranchi de prison

Or je me suis affranchi de prison,
Où me tenait cruellement en ferre
L’enfant Amour, je vais libre sur terre
Sauvé des flots, et repris ma raison
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Le poème de la quinzaine / début juin 2017

Le moderne :

Roland Nadaus, À ma femme

Mais que pèse
si tu meurs
mon poème
– et je parle du plus beau –
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L’ancien :

Alphonse de Lamartine, Stances

Et j’ai dit dans mon cœur : Que faire de la vie ?
Irai-je encor, suivant ceux qui m’ont devancé,
Comme l’agneau qui passe où sa mère a passé,
Imiter des mortels l’immortelle folie ?
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La trouvaille :

Gatien Lapointe, À hauteur d'homme

Cette soif qui rougit la pierre,
Cette route qui me brûle les pieds,
Avril s'embrasant d'une feuille !
Est-ce encore votre visage ?
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Le poème de la quinzaine / fin mai 2017

Le moderne :

René Char, Le terme épars

Si tu cries, le monde se tait : il s’éloigne avec ton propre monde.
Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.
Qui convertit l’aiguillon en fleur arrondit l’éclair.
La foudre n’a qu’une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s’exhausse, sentiers sans miettes.
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L’ancien :

Jean Racine, Andromaque

Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus ?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?
Dois-je oublier son père à mes pieds renversé
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La trouvaille :

Thérèse Martin (de l’Enfant Jésus), Mon chant d’aujourd’hui

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…
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Le poème de la quinzaine / début mai 2017

Le moderne :

Isabelle Callis-Sabot, Poème au temps qui passe

Déjà s’en sont allées les saisons, les années,
Déjà ont disparu les semaines les mois,
Déjà se sont enfuies les heures surannées,
Déjà sont confondus hier et autrefois
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L’ancien :

Arthur Rimbaud, Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
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La trouvaille :

Francis Jammes, Prière pour qu’un enfant ne meure pas

Mon Dieu, conservez-leur ce tout petit enfant,
comme vous conservez une herbe dans le vent.
Qu’est-ce que ça vous fait, puisque la mère pleure,
de ne pas le faire mourir là, tout à l’heure,
comme une chose que l’on ne peut éviter ?
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Le poème de la quinzaine / fin avril 2017

Le moderne :

Armand Robin

Nous fûmes des gens d’un très pauvre monde
Et de pauvres sens qui ne pouvaient rien de plus
Nous fûmes laissés sans rien que de la haine
Nous fûmes laissés sans rien près d’une voie de garage
Il nous fallut organiser notre vie avec du quotidien privé de sens :
De grands interdits veillèrent.

L’ancien :

Guillaume Apollinaire, Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
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La trouvaille :

Coriolan Ardouin, À Amélia

Le vent frais de la nuit fait palpiter les voiles,
Le marin, sur les mers t’appelle, Amélia !
Vois comme ton esquif est couronné d’étoiles,
Dieu te ramènera !
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Le poème de la quinzaine / début avril 2017

Le moderne :

Monique Laederach, La jeune fille

Mais la jeune fille se bouche les oreilles,
elle crie :
Si je ne parle pas, il ne peut rien m’arriver !
Il suffit que je garde la voix dedans
tout entière exactement à la place où
je l’ai entendue,
intime comme elle était.
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L’ancien :

Jules Supervielle, Vivante ou morte

Vivante ou morte, ô toi qui me connais si bien,
Laisse-moi t'approcher à la façon des hommes
Il fait nuit dans la pièce où tremble un oreiller
Comme un voilier qui sent venir la haute mer
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La trouvaille :

Félix Arvers, Un secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
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Le poème de la quinzaine / fin mars 2017

Le moderne :

Florence Noël, Ni de sang, ni de sens

ce soir
je voudrais tant écrire quelque chose
de gai
que comprenne ma fille
au cœur d’or au cœur douloureux
elle qui aime les mots pour
leur musique étrange, les répliques des films
excelle
en conversations volées
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L’ancien :

Alfred de Vigny, Une âme devant Dieu

Dis-moi la main qui t’enlève,
Ô mon âme, et dans un rêve
Te montre la vérité !
D’où vient qu’un songe m’emporte
Jusques au seuil de la porte
Qu’entr’ouvre l’Éternité
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La trouvaille :

Honorat de Bueil de Racan, Chanson d’Alcidor

Noir séjour de l’horreur, ténébreuses vallées,
Que du monde et du jour nature a reculées,
Agréable repos des esprits languissants,
Dans l’abîme d’enfer, dont vous êtes voisines,
Les vengeances divines
Ont-elles rien d’égal aux peines que je sens ?
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Le poème de la quinzaine / début mars 2017

Le moderne :

Philippe Delaveau, Supplication de Pâques

Est-ce le Rhin ce fleuve, ou l’Escaut, la Tamise
ma tête est comme un pont, l’eau tourbillonne, frise
de souvenirs tremblants, j’oublie ma vie dehors
on marche bruyamment, soudain pénombre, l’or
autour de ce visage peint sur une icône au mur
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L’ancien :

Stéphane Mallarmé, Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
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La trouvaille :

Anne Osmont, Sonnet

Le sang du soir ruisselle en l'or sanglant des vignes,
Dans les pins violets pleure le vent du soir :
Voici l'heure câline où l'on aime s'asseoir
À deux, près de l'étang qu'attriste un vol de cygnes.
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Le poème de la quinzaine / fin février 2017

Le moderne :

Pierre Perrin, La haine en larmes

Ils regardent le monde avec des yeux d’Auschwitz. Ils hurlent à la paix, ils réclament justice. Aux terrasses bondées, leur jeunesse en chair folle explose. Il ne lui reste que la mort, pour vivre.
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L’ancien :

Paul Éluard, En vertu de l’amour

J’ai dénoué la chambre où je dors, où je rêve,
Dénoué la campagne et la ville où je passe,
Où je rêve éveillé, où le soleil se lève,
Où, dans mes yeux absents, la lumière s’amasse.
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La trouvaille :

Alphonse Beauregard, Le damné

Je voudrais que la nuit fût opaque et figée,
Définitive et sourde, une nuit d’hypogée ;
J’oserais approcher, soudainement hardi,
De la femme pour qui je suis un grain de sable
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Le poème de la quinzaine / début février 2017

Le moderne :

Jean-Philippe Salabreuil, Je suis là

Vous me croyez vivant
Je laisse mes yeux ouverts
Je regarde la nuit
Et je sais pour vous plaire
Y poster deux hiboux
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L’ancien :

Charles Leconte de Lisle, Midi

Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ;
La terre est assoupie en sa robe de feu.
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La trouvaille :

Émilie Arnal, Je vous aime

Seigneur, vous le savez aussi que je vous aime,
Moi, dont le faible cœur, par mille nœuds lié,
Vous a depuis longtemps trop souvent renié !
Je vous aime pourtant beaucoup plus que moi-même.
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Le poème de la quinzaine / fin janvier 2017

Le moderne :

Marc Dugardin, Après une lecture / André du Bouchet

tout a commencé
avec le gris sur le lac

avec sous le jour
le remuement d’un autre jour

avec le vent indéchiffré
et l’homme pris de vitesse

avec le crayon
tendu entre deux lignes

et soudain le miroitement
d’une enfance presque tranquille

Source

L’ancien :

François Villon, La ballade des pendus

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
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La trouvaille :

Alice de Chambrier, La lune rouge

C’est le soir ; la bataille est enfin terminée :
Le vaincu s’est enfui, le vainqueur est lassé,
Et la fleur du pays, en un jour moissonnée,
Jonche tous les replis du sol dur et glacé.
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Le poème de la quinzaine / début janvier 2017

Le moderne :

Pierre Guérande, Meuse endormeuse

Et plus loin, le bonheur en pièces détachées
en tronçons tarifés pour l’honneur des lisières
et en vastes décors découpés en épures
Quelques talus hirsutes quelques rives farouches
et ce large miroir qui suffit à la glèbe
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L’ancien :

André Chénier, La jeune captive

L’épi naissant mûrit de la faux respecté ;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l’été
Boit les doux présents de l’aurore ;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui,
Je ne veux point mourir encore.
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La trouvaille :

Jean-Paul de Dadelsen, Dépassé. Provisoirement

Sombre. Mais l’espace plus vaste.
Moins de gens. Le sentier dans l’obscurité
mène-t-il vers une solitude plus vraie ?
Peut-être est-ce à cet âge, en ce lieu, ici
que se partagent les routes.
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