Le poème de la quinzaine / décembre 2018

Le moderne :

Claude-Henri Rocquet, Marie

Lorsque Marie à la fenêtre bleue
Vit l’ange redevenir invisible
Et se confondre à la lumière d’avril
Vit-elle dans l’hiver venu
Ce chemin dans la neige, le vent
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L’ancien :

Paul Verlaine, Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.
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La trouvaille :

Madeleine de L’Aubespine, Pour vous

L’on verra s’arrêter le mobile du monde,
Les étoiles marcher parmi le firmament,
Saturne infortuné luire bénignement,
Jupiter commander dedans le creux de l’onde
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Le poème de la quinzaine / fin novembre 2018

Le moderne :

Cécile Coulon, Une de perdue, dix de troublées

les bruits qui courent sont fatigués j’étais une fille sans histoire je n’avais pas de souvenirs ça faisait mal de sourire
à des caméras braquées sur moi comme un serpent docile je ne sais pas vous parler mais je sais vous écrire
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L’ancien :

Tristan Tzara, La mort de Guillaume Apollinaire

nous ne savons rien
nous ne savions rien de la douleur
la saison amère du froid
creuse de longues traces dans nos muscles
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La trouvaille :

Abraham de Vermeil, Au supplice

Ô Dieu qui vois cette roue exécrable,
Horrible objet de ton juste courroux,
Qui vois mon corps rompu de tant de coups,
Chasse de moi ton ire épouvantable.
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Le poème de la quinzaine / début novembre 2018

Le moderne :

André Laude, Nous n’habitons nulle part

Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains
rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
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L’ancien :

Anna de Noailles, Astres qui regardez

Astres qui regardez les mondes où nous sommes,
Pure armée au repos dans la hauteur des cieux,
Campement éternel, léger, silencieux,
Que pensez-vous de voir s’anéantir les hommes ?
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La trouvaille :

Daniel Bernard, La fiancée

Toi qui troubles la paix des nonchalantes eaux,
La paix des eaux d’argent, la paix des eaux glacées ;
Toi dont la barque joue avec les gais ruisseaux
Dans le frémissement des rames balancées
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Le poème de la quinzaine / octobre 2018

Le moderne :

Jean-Pierre Siméon, Nous ne vieillirons pas

Nous ne vieillirons pas
mon ami
je le jure
si nous faisons du temps
le jardin de nos rives
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L’ancien :

Joachim du Bellay, Si nostre vie est moins qu’une journée...

Si nostre vie est moins qu’une journée
En l’eternel, si l’an qui faict le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née
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La trouvaille :

Louise de Vilmorin, Le faux dormeur

Bouquets épanouis aux revers des vainqueurs
Feuillages de minuit, fleurs de l’heure dernière
Blanchissez, pâlissez et tombez en prière
L’enfant de mes soucis, mon petit Roi de cœur,
Dort en tenant au poing le hochet de ma peur.
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Le poème de la quinzaine / septembre 2018

Le moderne :

Jean Grosjean, La gloire

Regarde passer
les heures, les heures.

L’une porte un sabre
l’autre un verre d’eau
aucune le verdict.

Noirs contre le ciel
du soir reviennent
des champs les bœufs.

Un soleil de rebut
roule entre leurs sabots.

L’ancien :

Pierre Reverdy, Encore marcher

S’il se soulève quand je passerai près de lui ; s’il pleure quand viendra la nuit, s’il ne crie pas ? J’aurai cru le voir et ce sera fini.
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La trouvaille :

Rémy Belleau, Embrasse-moi

Embrasse-moi, mon cœur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.
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Le poème de la quinzaine / août 2018

Le moderne :

Louise Assenbaum, Un cœur qui bat

Dans la maison, on entendrait presque le silence, sans le crépitement du feu et le clapotis de la pluie qui tombe sans relâche sur le sol sec, craquelé, privé d’eau depuis longtemps. Le vent souffle sous les tuiles du toit.
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L’ancien :

Paul Éluard, Pour vivre ici

Je fis un feu, l’azur m’ayant abandonné,
Un feu pour être son ami,
Un feu pour m’introduire dans la nuit d’hiver,
Un feu pour vivre mieux.
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La trouvaille :

Claude Hopil, Stances chrétiennes

Superbes qui pensez, en dédaignant la mort,
Trouver dessus la terre une éternelle base,
Pour y fonder un bien non tributaire au sort,
La vie est un soupir, et la mort une extase.
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Le poème de la quinzaine / fin juillet 2018

Le moderne :

Renée Solange Dayres, De la Pologne

Je suis un pauvre de Dieu
et mes mains nues
ont l’odeur de la terre
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L’ancien :

Robert Desnos, Le zèbre

Le zèbre, cheval des ténèbres,
Lève le pied, ferme les yeux
Et fait résonner ses vertèbres
En hennissant d’un air joyeux.

Au clair soleil de Barbarie,
Il sort alors de l’écurie
Et va brouter dans la prairie
Les herbes de sorcellerie.

Mais la prison sur son pelage,
A laissé l’ombre du grillage.

Source

La trouvaille :

Henri-Frédéric Amiel, J’ai rêvé de toi

Depuis que je t’ai vue, ébloui par l’éclair,
Mon œil s’est voilé d'un mirage ;
Je regarde sans voir, ou je ne vois dans l’air
Flotter qu'une forme, ta douce image ;

Le jour, tout éveillé, je songe ; et, dans la nuit,
Comme un feu follet qui se lève,
Cette image, la tienne, apparaît, et me suit
Au plus profond de mon âme et de mon rêve.

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