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Le poème de la quinzaine / septembre 2018

Le moderne :

Jean Grosjean, La gloire

Regarde passer
les heures, les heures.

L’une porte un sabre
l’autre un verre d’eau
aucune le verdict.

Noirs contre le ciel
du soir reviennent
des champs les bœufs.

Un soleil de rebut
roule entre leurs sabots.

L’ancien :

Pierre Reverdy, Encore marcher

S’il se soulève quand je passerai près de lui ; s’il pleure quand viendra la nuit, s’il ne crie pas ? J’aurai cru le voir et ce sera fini.
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La trouvaille :

Rémy Belleau, Embrasse-moi

Embrasse-moi, mon cœur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.
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Le poème de la quinzaine / début avril 2016

Le moderne :

Jean Grosjean, Élégie

Mieux vaudrait ta rancune que ton silence si tu me laisses à ce semblant de vie qu’allument, le soir, les hommes au bord des routes.
Que j’ai souffert des étoiles moqueuses quand jamais aube avec ses regards verts n’allait rien voir de toi dans les buissons !
Longtemps ton nom n’a été qu’un murmure de brise qui rôde à travers les feuillages mais mon cœur n’écoutait rien d’autre.
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L’ancien :

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire
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La trouvaille :

Renée Vivien, Je pleure sur toi…

Le soir s’est refermé, telle une sombre porte,
Sur mes ravissements, sur mes élans d’hier…
Je t’évoque, ô splendide ! ô fille de la mer !
Et je viens te pleurer, comme on pleure une morte.
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Le poème de la quinzaine / début mars 2014

Le moderne :

Jean Grosjean, Abyssus abyssum

J'ouvre les yeux dans mon terrier d'étoile et la nuit que je regarde se retire avec ses clignements blêmes, se noie parmi les clairs débris des nues.
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L'ancien :

Louise Labé, Quatorzième sonnet

Tant que mes yeux pourront larmes espandre,
A l'heur passé avec toy regretter :
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La trouvaille :

Charles Dumas, Testament

Riches, en vérité, vous avez bien raison
De verrouiller le soir vos puissantes maisons,
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Porte disjointe (Jean Grosjean)

L'enclos des morts est votre reposoir.
Vos instants s'égaraient dans mes saisons.

Les clameurs (Jean Grosjean)

Le jardin somnolait sous le soleil,
un peu de ciel rêvait dans un baquet,

Rien n’aura valu les lubies (Jean Grosjean)

Rien n’aura valu les lubies de nos saisons, puis la nuit se montre aux vitres.

Élégie (Jean Grosjean)

À quoi veilles-tu debout dans le brouillard avec les noirs bataillons de sapins sans distinguer la terre du ciel ?

À la fin du soir (Jean Grosjean)

Le mur écroulé,
la rue sans passants
le soleil ôté,
le ciel enfin seul.