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Le poème de la quinzaine / début janvier 2016

Le moderne :

Jean Pérol, Comme est loin la montagne

Comme est loin la montagne où tu fus de ce monde
comme est loin l’incendie le satin des grands lacs
le corps en est déjà frappé et perd son peu de force
d’être déjà si loin de ce qui fut si neuf
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L’ancien :

Charles Baudelaire, Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
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La trouvaille :

Lucie Delarue-Mardrus, Méditation sur un visage

J’ai douloureusement médité devant vous
Et j’ai pleuré sur vous, vieille dame étrangère,
Qui ne pouviez savoir ma jeunesse légère
Occupée à fixer vos traits pâles et mous.
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Premier salut (Lucie Delarue-Mardrus)

À Notre-Dame de Paris, lourde chimère
Qui, dans le ciel changeant, creuse un double sillon,
À la mère aux flancs élargis, la bonne mère
D’idéal, d’art, d’amour et de dévotion,

Moment nocturne (Lucie Delarue-Mardrus)

Nous qui ne portons point le joug bas des aînés,
Qui ne connaissons plus dans quel monde nous sommes,
Nous savons la splendeur des soirs déracinés
Où l’on est seulement des femmes et des hommes.

Mémoire (Lucie Delarue-Mardrus)

Nous montâmes souvent, les nuits, sur nos terrasses
Au plus chaud des printemps royalement fanés
D’Orient, pour sentir, enfants passionnés,
Les étoiles pleuvoir doucement sur nos faces.

Je suis la hanteuse (Lucie Delarue-Mardrus)

Je suis la hanteuse des mers fatales
Où s’échevèlent les couchers sanglants,
Des mers basses ou hautes ou étales
Vers qui je crie du profond de mes flancs.