Le poème de la quinzaine / fin mai 2018

Le moderne :

Richard Rognet, Filez vers la lumière

Filez vers la lumière beautés profondes
qui hantez les sommets d’ici, filez,
filez, de mes mains engourdies
à l’aisance du ciel choyé par les nuages.
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L’ancien :

Marceline Desbordes-Valmore, Ne fuis pas encore

Tu crois, s’il fait sombre,
Qu’on ne te voit pas,
Non plus qu’une autre ombre,
Glissant sur tes pas :
Mais l’air est sonore,
Et ton pied bondit
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La trouvaille :

Jean de La Ceppède, Ces épines

Ô Père dont jadis les mains industrieuses
Cette vigne ont planté, vois comme au lieu du fruit
Qu’elle dût rapporter, ingrate elle produit
Pour couronner ton fils des ronces épineuses.
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Le poème de la quinzaine / début mai 2018

Le moderne :

Max Alhau, En cours de route

Qu’as-tu imaginé de cette vie
qui fut comme un miroir
faussé par ton regard ?
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L’ancien :

Stéphane Mallarmé, Don du poème

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée !
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas ! mornes encor,
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La trouvaille :

Ida Faubert, Soir tropical

Le soir est lumineux ; le soir est tendre et beau.
Le soleil s’est éteint ; la lune est sur les roses.
Une langueur pénètre au cœur même des choses…
Et les grands palmiers noirs rêvent au bord de l’eau.
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Le poème de la quinzaine / fin avril 2018

Le moderne :

Jean-Claude Villain, Journal de mer et de lumière

Et c’est là. Mystère qui rassemble. Tous les mystères. Juste pauvreté de toi. Utile à témoigner. De la magnificence du monde. Si tu as peu. La lumière davantage. Vibre. Entends son écho. Rebondir sur le mur. Immaculé malgré les âges. Une rumeur monte. Tu la vois courir sur les tiges qui grimpent au sommet. Jusqu’à toi le Présent. L’Unique.
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L’ancien :

François Maynard, Adieu Paris

Adieu Paris, adieu pour la dernière fois !
Je suis las d’encenser l'autel de la fortune
Et brusle de revoir mes rochers et mes bois
Où tout me satisfait, où rien ne m’importune.
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La trouvaille :

Léocadie Penquer, Le Vallon de Kersaint

Le silence est ici solennel et profond
L’homme n’y traîne pas le char des industries ;
La faux n’y fauche pas les herbes des prairies,
Ni les grappes d’or de l’ajonc.
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Le poème de la quinzaine / début avril 2018

Le moderne :

Jean Joubert, Le siècle meurt

II y eut le vol bas de l’épouvante
le tremblement de la terre et du ciel

Dans l’ombre des couteaux
l’homme quêtait l’arche d'une embellie
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L’ancien :

Henri de Régnier, Le départ

Je n’emporte avec moi sur la mer sans retour
Qu’une rose cueillie à notre long amour.
J’ai tout quitté ; mon pas laisse encor sur la grève
Empreinte au sable insoucieux sa trace brève
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La trouvaille :

Joachim Gasquet, Le fils

Je ne veux plus marcher dans la nuit. Je veux croire,
Je veux aimer, prier, adorer. Je veux boire
Aux sources de la vie, aux sources du pardon.
Prenez-moi tout entier, mon Dieu, je vous fais don
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Le poème de la quinzaine / fin mars 2018

Le moderne :

Guy Allix, Terrare humanum est

Et tu te terres
Et tu te tais
Et t’étonnes de ce dit sonore d’entre les morts
De cette fleur terrible
Levée au-dessus de l’humus
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L’ancien :

Charles Baudelaire, La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
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La trouvaille :

Antoine Favre, Mondains

Magnifiques mondains, qui de vos mortels pères
Après leur jour venu faites ouvrir les corps,
Feignant de ne savoir d’où procèdent leurs morts,
Effets du seul péché, source de nos misères
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Le poème de la quinzaine / début mars 2018

Le moderne :

Julien Quittelier, Ô mes larmes, Vénus

Ô mes larmes, Vénus, sur vous se sont posées,
Comme un dernier espoir que l'on ne peut guérir,
Ma vie attend toujours les fleurs de vos rosées ;
Pour qu'un soldat, Vénus, soit pour ne plus périr.
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L’ancien :

Christine de Pisan, Moi, Christine, qui ai pleuré

Moi, Christine, qui ai pleuré
Onze ans en abbaye fermée,
Ou j’ai toujours demeuré depuis
Que Charles (c’est chose étrange !)
Le fils du roi, si j'ose rappeler ce souvenir,
S’enfuit de Paris, tout droit,
Par suite de la trahison là incluse :
Maintenant pour la première fois je me prends à rire.
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La trouvaille :

Jacques Prevel, Si l’on me cherche

Si l’on me cherche
C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera
Un matin d’Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n’a plus de hasard
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Le poème de la quinzaine / fin février 2018

Le moderne :

Pascal Boulanger, Extase

Trop de dieux
& de ciels vautrés sur la terre

Abraham & Ulysse
Abraham part sans retour

Le désert brûle-t-il
       la gorge
       le ventre
       le cœur
mieux que l’île natale ?

C’est la soif que j’aime ici
à Santa Maria della Vittoria
femme comblée & sainte
       par le dard en or

Il arrive que le chercheur trouve
la porte grande ouverte sur un dessin
qui l’enfante & l’enchante

Jardins miniatures
arbres nains
banc sous une rangée de tilleuls

L’univers dans la main
       quand il se détache
comme le fruit de la branche

L’écume sur la grande image.

Source

L’ancien :

Max Jacob, Aux pèlerins d’Emmaüs

Je ne sais qui était là : c’était l’un de ces bistros où ma jeunesse s’est évanouie. Une table de marbre blanc est l’endroit où la traditionnelle glace atteignait le coin du mur avant de continuer. Je portais un pauvre chapeau rond et ma figure interrogeait l’œil malade du Seigneur (c’était Lui ! Il ressemblait plutôt à Saint Jean-Baptiste, mais c’était bien Lui). « Puisque vous êtes Dieu et que vous savez tout, dites-moi quand finira cette guerre ! » et j’ajoutais « ...et qui sera le vainqueur ». Vous le dirai-je pour que vous alliez faire le prophète dans les salons ? Il se tut. Le soir tombait. Il n’y avait pas de boisson sur la table.

Source : Le cornet à dés, 1917

La trouvaille :

Albert Samain, Midi

Au zénith aveuglant brûle un globe de flamme,
Le ciel entier frémit criblé de flèches d’or.
Immobile et ridée à peine la mer dort,
La mer dort au soleil comme une belle femme.
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Le poème de la quinzaine / début février 2018

Le moderne :

Léopold Sédar Senghor, Prière de paix

Au commencement de la Grande Année, au soleil de Ta paix sur les toits neigeux de Paris
- Mais je sais bien que le sang de mes frères rougira de nouveau l’Orient jaune, sur les bords de l’Océan Pacifique que violent tempêtes et haines
Je sais bien que ce sang est la libation printanière dont les Grands Publicains depuis septante années engraissent les terres d’Empire
Seigneur, au pied de cette croix – et ce n’est plus Toi l’arbre de douleur, mais au-dessus de l’Ancien et du Nouveau Monde l’Afrique crucifiée
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L’ancien :

Jean de Sponde, Tout s’enfle contre moi

Tout s’enfle contre moi, tout m’assaut, tout me tente,
Et le Monde et la Chair, et l’Ange révolté,
Dont l’onde, dont l’effort, dont le charme inventé
Et m’abîme, Seigneur, et m’ébranle, et m’enchante.
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La trouvaille :

Émile Goudeau, Idéal

Je suis lassé de tout : de moi comme des autres,
Des pensers importuns qui me viennent le soir,
Et des amis joyeux qui font broyer du noir,
Des vers que je compose, ô maîtres, et des vôtres...
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Le poème de la quinzaine / fin janvier 2018

Le moderne :

Xavier Grall, Solo

Seigneur Dieu
à mes frères et amis
aux femmes que j’ai aimées
à tous ceux que mon cœur à croisés
avant que d’entrer dans les ténèbres
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L’ancien :

Alfred de Vigny, Moïse

Le soleil prolongeait sur la cime des tentes
Ces obliques rayons, ces flammes éclatantes,
Ces larges traces d’or qu’il laisse dans les airs,
Lorsqu’en un lit de sable il se couche aux déserts.
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La trouvaille :

Cécile Périn, Je ne veux rien de plus...

Je ne veux rien de plus que reposer mes mains
Sur ton front preste et beau, sur tes lèvres chéries,
Rien de plus que songer : l’heure est douce... et demain
Peut-être sera lourd de lutte et de chagrin.
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Le poème de la quinzaine / début janvier 2018

Le moderne :

Aimé Césaire, Voici au bout de ce petit matin

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile
que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés
sur cette ville que je prophétise, belle,
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L’ancien :

Paul Claudel, Ténèbres

Je suis ici, l’autre est ailleurs, et le silence est terrible :
Nous sommes des malheureux et Satan nous vanne dans son crible.
Je souffre, et l’autre souffre, et il n’y a point de chemin
Entre elle et moi, de l’autre à moi point de parole ni de main.
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La trouvaille :

Damoclès Vieux, L’ombre

L’ombre calme du soir entre dans ton salon :
N’allume pas encor ta lampe familière.
Dans tes yeux imprégnés de ton amour profond,
L’adieu divin du jour laisse un peu de lumière
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