Le poème de la quinzaine / début novembre 2015

Le moderne :

Michel Manoll, La Maison déserte

J’entre ce soir dans la maison déserte, sous les pins.
L’ombre a tout saccagé. Cependant, je reviens
Tout seul, comme autrefois je marchais sur la plage,
Ignorant, ignoré des amis de mon âge.
lire la suite du poème...

L’ancien :

Paul Claudel, La musique

L’acacia ruisselle de lait et la lune fait des siennes au dehors
Partons ! on nous a donné rendez-vous sur un lac d’or
À la recherche de ce rêve depuis hier dont seul un certain accord de rondes est resté
Sur une embarcation de croches qu’une larme suffit à lester
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Émilie Arnal, Lorsque viendra le soir

Que de fois le bonheur, sans détourner la tête,
Sans me voir, sans m’entendre, est passé près de moi,
Je n’ai pas dit le mot par lequel on arrête
L’inconnu dont le pas fait naître tant d'émoi.
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / fin octobre 2015

Le moderne :

Roger Munier, Les eaux profondes

Tout ce que je n’ai pas été aussi m’habite. J’en suis fait, comme de ce que j’ai été.
Il y a un autre en moi qui demande et demandera toujours à être. C’est cette demande qui me fait moi.
Tout le malheur de l’homme vient d’une longue enfance qui lui fit croire, entre autres, des choses qui ne sont pas. Et brouillent ce qui pourrait être une froide splendeur adulte, dans le monde féroce et beau.
lire la suite du poème...

L’ancien :

Charles Cros, Conclusion

J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,
Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Gabrielle de Coignard, Vous le voulez...

Vous le voulez et je le veux aussi,
Vous le voulez, ô ma douce lumière,
Vous le voulez que je sois coutumière
À recéler maint ennuyeux souci.
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / début octobre 2015

Le moderne :

Pascal Perrot, Cette icône aux yeux méchants

Ce quelque chose hurlant la nuit
Cette masse dense qui rampe et grogne
Couine gémit dévore griffe
Cette icône aux yeux méchants
lire la suite du poème...

L’ancien :

Clément Marot, L’adieu aux dames de la cour

Adieu la Court, adieu les dames,
Adieu les filles et les femmes,
Adieu vous dy pour quelque temps,
Adieu vos plaisans passetemps
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Léon Dierx, Marche funèbre

Les temps sont arrivés, des vieilles prophéties !
Ils sont venus, les jours d'universelle horreur !
Les ombres du néant, d’heure en heure épaissies,
S’allongent sur nos fronts écrasés de terreur.
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / fin septembre 2015

Le moderne :

Pierre Perrin, La Bourrasque inachevée

Je marchais seul. Mes deux mains essuyaient mon visage. Il y perlait une gelée violente. Un vent froid neigeait sur toute la campagne. J’avais quitté le village, et descendais aux portes de la lande. Elles ouvraient devant moi, de part et d’autre d’un chemin où l’herbe toujours plus s’obstinait une plage fraîche.
lire la suite du poème...

L’ancien :

Jean-Pierre Claris de Florian, Plaisir d’amour

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.
J’ai tout quitté pour l’ingrate Sylvie,
Elle me quitte et prend un autre amant.
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Léocadie Hersent-Penquer, L’adieu

Adieu !... tu m’as quittée. Adieu !... tu m’as laissée.
Tu pars sans moi. Tu meurs... tu peux mourir sans moi !...
J'allais mourir aussi... Mais Dieu m’a repoussée.
Pourquoi ?... N’étais-je pas encor digne de toi ?...
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / début septembre 2015

Le moderne :

Patrice de la Tour du Pin, Légende

Va dire à ma chère Île, là-bas, tout là-bas,
Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande,
Que je viendrai vers elle ce soir, qu’elle attende,
Qu’au lever de la lune elle entendra mon pas.
lire la suite du poème...

L’ancien :

Henri Michaux, Où poser la tête

Un ciel
un ciel parce qu’il n’y a plus la terre,
sans une aile, sans un duvet, sans une plume d’oiseau,
sans une buée
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Maurice Maeterlinck, J’ai cherché trente ans, mes sœurs

J’ai cherché trente ans, mes sœurs,
     Où s’est-il caché !
J’ai marché trente ans, mes sœurs,
     Sans m’en approcher…
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / fin août 2015

Le moderne :

Dominique Sampiero, Héritage de la stupeur

Il faut quelqu’un pour mourir. Et quelqu’un pour regarder mourir. Une fleur, un vase. Un baiser, une bouche. Un regard pour celui qui part, un regard pour celui qui veille. Ce don des larmes retenues, ce mouvement secret des sources au centre des pupilles, inachevé jusqu’à la mort et longtemps après, tissé du premier au dernier souffle entre la mère et l’enfant, laisse fléchir le monde doucement dans sa sagesse.
lire la suite du poème...

L’ancien :

Charles Leconte de Lisle, Le Nazaréen

Quand le Nazaréen, en croix, les mains clouées,
Sentit venir son heure et but le vin amer,
Plein d’angoisse, il cria vers les sourdes nuées,
Et la sueur de sang ruissela de sa chair.
lire la suite du poème...

La trouvaille :

Christine de Pizan, De triste cœur

De triste cœur chanter joyeusement
Et rire en deuil c’est chose fort à faire,
De son penser montrer tout le contraire,
N’issir doux ris de dolent sentiment
lire la suite du poème...

Le poème de la quinzaine / début août 2015

Le moderne :

Alain Le Beuze, Les chemins

Les chemins
Se rencontrent
Se reniflent
Se tutoient
Se racontent
S’apprivoisent
S’éloignent
Se recherchent
Se retrouvent
Aux carrefours des doigts.

L’ancien :

Max Jacob, Dans la forêt silencieuse

Dans la forêt silencieuse, la nuit n’est pas encore venue et l’orage de la tristesse n’a pas encore injurié les feuilles. Dans la forêt silencieuse d’où les Dryades ont fui, les Dryades ne reviendront plus.
Dans la forêt silencieuse, le ruisseau n’a plus de vagues, car le torrent coule presque sans eau et tourne.
Dans la forêt silencieuse, il y a un arbre noir comme le noir et derrière l’arbre il y a un arbuste qui a la forme d’une tête et qui est enflammé, et qui est enflammé des flammes du sang et de l’or.
Dans la forêt silencieuse où les Dryades ne reviendront plus, il y a trois chevaux noirs, ce sont les trois chevaux des Rois mages et les Rois mages ne sont plus sur leurs chevaux ni ailleurs et ces chevaux parlent comme des hommes.
Source : Le cornet à dés, repris sur le site Recours au poème

La trouvaille :

Jules Barbey d’Aurevilly, La Haine du soleil

Un soir, j’étais debout, auprès d’une fenêtre...
Contre la vitre en feu j’avais mon front songeur,
Et je voyais, là-bas, lentement disparaître
Un soleil embrumé qui mourait sans splendeur !
lire la suite du poème...