Le poème de la quinzaine / début janvier 2016

Le moderne :

Jean Pérol, Comme est loin la montagne

Comme est loin la montagne où tu fus de ce monde
comme est loin l’incendie le satin des grands lacs
le corps en est déjà frappé et perd son peu de force
d’être déjà si loin de ce qui fut si neuf
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L’ancien :

Charles Baudelaire, Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
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La trouvaille :

Lucie Delarue-Mardrus, Méditation sur un visage

J’ai douloureusement médité devant vous
Et j’ai pleuré sur vous, vieille dame étrangère,
Qui ne pouviez savoir ma jeunesse légère
Occupée à fixer vos traits pâles et mous.
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Le poème de la quinzaine / fin décembre 2015

Le moderne :

Maurice Fombeure, Ma femme

Celle qui partage mon pain
Mon lit et mes joies et mes peines
Éloigne de mon front les haines
D’une caresse de sa main
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L’ancien :

Henri de Régnier, L’allusion à Narcisse

Un enfant vint mourir, les lèvres sur tes eaux,
Fontaine ! de s’y voir au visage trop beau
Du transparent portrait auquel il fut crédule…
Les flûtes des bergers chantaient au crépuscule
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La trouvaille :

Jean Richepin, Nativité

D’aucuns ont un pleur charitable
Pour Jésus né dans une étable.
Je sais un sort plus lamentable ;
Je sais un enfant ramassé,
Un jour de décembre glacé,
Nu comme un ver, dans un fossé.
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Le poème de la quinzaine / début décembre 2015

Le moderne :

Xavier Grall, Solo

Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne
mon havresac est lourd de rimes
de chagrins et de larmes
J’ai marché
jusqu’à votre grand pays
ce fut ma foi un long voyage
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L’ancien :

Marceline Desbordes-Valmore, Élégie (Ma sœur, il est parti !)

Ma sœur, il est parti ! ma sœur, il m’abandonne !
Je sais qu’il m’abandonne, et j’attends, et je meurs,
Je meurs. Embrasse-moi, pleure pour moi... pardonne...
Je n’ai pas une larme, et j’ai besoin de pleurs.
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La trouvaille :

Francis Vielé-Griffin, Je regarde, feuille à feuille...

Je regarde, feuille à feuille,
S’éparpiller dans le soir
Le manteau d’or et d’orgueil
De ces grands arbres noirs
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Le poème de la quinzaine / fin novembre 2015

Le moderne :

René Depestre, Un arc-en-ciel pour l’occident chrétien

Il n’y a de salut pour l’homme
Que dans un grand éblouissement
De l’homme par l’homme je l’affirme
Moi un nègre inconnu dans la foule
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L’ancien :

Pernette du Guillet, Combien de fois

Combien de fois ai-je en moi souhaité
Me rencontrer sur la chaleur d’été
Tout au plus près de la claire fontaine,
Où mon désir avec cil se promène
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La trouvaille :

Albert Samain, Tout dort

Tout dort. Le fleuve antique entre ses quais de pierre
Semble immobile. Au loin s’espacent des beffrois.
Et sur la cité, monstre aux écailles de toits,
Le silence descend, doux comme une paupière.
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Le poème de la quinzaine / début novembre 2015

Le moderne :

Michel Manoll, La Maison déserte

J’entre ce soir dans la maison déserte, sous les pins.
L’ombre a tout saccagé. Cependant, je reviens
Tout seul, comme autrefois je marchais sur la plage,
Ignorant, ignoré des amis de mon âge.
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L’ancien :

Paul Claudel, La musique

L’acacia ruisselle de lait et la lune fait des siennes au dehors
Partons ! on nous a donné rendez-vous sur un lac d’or
À la recherche de ce rêve depuis hier dont seul un certain accord de rondes est resté
Sur une embarcation de croches qu’une larme suffit à lester
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La trouvaille :

Émilie Arnal, Lorsque viendra le soir

Que de fois le bonheur, sans détourner la tête,
Sans me voir, sans m’entendre, est passé près de moi,
Je n’ai pas dit le mot par lequel on arrête
L’inconnu dont le pas fait naître tant d'émoi.
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Le poème de la quinzaine / fin octobre 2015

Le moderne :

Roger Munier, Les eaux profondes

Tout ce que je n’ai pas été aussi m’habite. J’en suis fait, comme de ce que j’ai été.
Il y a un autre en moi qui demande et demandera toujours à être. C’est cette demande qui me fait moi.
Tout le malheur de l’homme vient d’une longue enfance qui lui fit croire, entre autres, des choses qui ne sont pas. Et brouillent ce qui pourrait être une froide splendeur adulte, dans le monde féroce et beau.
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L’ancien :

Charles Cros, Conclusion

J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,
Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
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La trouvaille :

Gabrielle de Coignard, Vous le voulez...

Vous le voulez et je le veux aussi,
Vous le voulez, ô ma douce lumière,
Vous le voulez que je sois coutumière
À recéler maint ennuyeux souci.
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Le poème de la quinzaine / début octobre 2015

Le moderne :

Pascal Perrot, Cette icône aux yeux méchants

Ce quelque chose hurlant la nuit
Cette masse dense qui rampe et grogne
Couine gémit dévore griffe
Cette icône aux yeux méchants
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L’ancien :

Clément Marot, L’adieu aux dames de la cour

Adieu la Court, adieu les dames,
Adieu les filles et les femmes,
Adieu vous dy pour quelque temps,
Adieu vos plaisans passetemps
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La trouvaille :

Léon Dierx, Marche funèbre

Les temps sont arrivés, des vieilles prophéties !
Ils sont venus, les jours d'universelle horreur !
Les ombres du néant, d’heure en heure épaissies,
S’allongent sur nos fronts écrasés de terreur.
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