Le poème de la quinzaine / fin septembre 2014

Le moderne :

Jean-Philippe Salabreuil, Je suis là

Vous me croyez vivant
Je laisse mes yeux ouverts
Je regarde la nuit
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L'ancien :

Anna de Noailles, Offrande

Mes livres je les fis pour vous, ô jeunes hommes,
       Et j'ai laissé dedans,
Comme font les enfants qui mordent dans des pommes,
       La marque de mes dents.
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La trouvaille :

Nicolas Gilbert, Ode

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs.
Je meurs ; et, sur ma tombe où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.
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Le poème de la quinzaine / début septembre 2014

Le moderne :

Édouard Glissant, Afrique

J’entends l’an marteler sur tes pistes son cri atone
J’entends le tambour lent des terres qu’on dessouche entends
La terre dans la bouche et le vocable dessillé
Comme un ban de tribus qui vont rouvrir la guerre
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L'ancien :

Charles Péguy, Présentation de Paris à Notre-Dame

Étoile de la mer, voici la lourde nef
Où nous ramons tout nuds sous vos commandements ;
Voici notre détresse et nos désarmements ;
Voici le quai du Louvre, et l’écluse, et le bief.
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La trouvaille :

Antoinette Deshoulières, Phèdre

Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême,
Dit des vers où d’abord personne n’entend rien ;
Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien,
Contre l’affreux dessein d’attenter sur soi-même.
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Le poème de la quinzaine / fin août 2014

Le moderne :

Anne Fontaine, Au matin, je la croyais morte

Au matin, je la croyais morte. La voici, plus belle que le jour. Elle avance comme une canonnière. Comme un vaisseau à l’abordage. Je suis le flot qu’elle pourfend. Elle m’envahit, elle me pénètre.
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L'ancien :

Paul Éluard, Je te l'ai dit...

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
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La trouvaille :

Armand Robin, Devant le portrait de ma mère

Les yeux tristes, mère ? N’es-tu pourtant pas morte ?
Qu’as-tu ? Malgré ta coiffe blanche d’enterrée,
On dirait que mon souvenir en toi sanglote
Très bas, trop bas pour qu’un ange puisse écouter.
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Le poème de la quinzaine / début août 2014

Le moderne :

Michel Houellebecq, L'amour, l'amour

Dans un ciné porno, des retraités poussifs
Contemplaient, sans y croire,
Les ébats mal filmés de deux couples lascifs ;
Il n'y avait pas d'histoire.
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L'ancien :

Paul Verlaine, Sagesse (II)

Ô mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour
Et la blessure est encore vibrante,
Ô mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour.
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La trouvaille :

Adélaïde Dufrénoy, L'amour

Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
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Le poème de la quinzaine / fin juillet 2014

Le moderne :

Jean Lavoué, Si je t'aime

Si je t’aime
C’est à la nuit
Sans partage
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L'ancien :

Pierre de Ronsard, Les Amours d'Astrée (IV)

À mon retour (hé, je m’en désespère !)
Tu m’as reçu d’un baiser tout glacé,
Froid, sans saveur, baiser d’un trépassé,
Tel que Diane en donnait à son frère.
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La trouvaille :

Aimé Césaire, poèmes

Au bout du petit matin, la grande nuit immobile, les étoiles plus mortes qu’un balafong crevé,
le bulbe tératique de la nuit, germé de nos bassesses et de nos renoncements.
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Le poème de la quinzaine / début juillet 2014

Le moderne :

Marina Poydenot, Les chemins le suivaient

Pieds nus malgré les sandales,
à même l'herbe nue, habillée de rien.
Comme elle s'élançait, verdoyait dans le ciel
à chacun de ses pas !
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L'ancien :

Gérard de Nerval, Une allée du Luxembourg

Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
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La trouvaille :

Pimodan, Après le grand soir

Quand rien ne sera plus des sociétés pourries
Où nous agonisons ; quand on aura brûlé,
Depuis les parlements jusqu'aux gendarmeries,
Tout l'édifice ancien chaque jour ébranlé ;
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