Le poème de la quinzaine / début avril 2016

Le moderne :

Jean Grosjean, Élégie

Mieux vaudrait ta rancune que ton silence si tu me laisses à ce semblant de vie qu’allument, le soir, les hommes au bord des routes.
Que j’ai souffert des étoiles moqueuses quand jamais aube avec ses regards verts n’allait rien voir de toi dans les buissons !
Longtemps ton nom n’a été qu’un murmure de brise qui rôde à travers les feuillages mais mon cœur n’écoutait rien d’autre.
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L’ancien :

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire
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La trouvaille :

Renée Vivien, Je pleure sur toi…

Le soir s’est refermé, telle une sombre porte,
Sur mes ravissements, sur mes élans d’hier…
Je t’évoque, ô splendide ! ô fille de la mer !
Et je viens te pleurer, comme on pleure une morte.
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Le poème de la quinzaine / fin mars 2016

Le moderne :

Thierry Cabot, Elle

Rien ne l’empêchera, toute espérance morte,
De rêver comme hier aux splendeurs de sa porte.
Chaque matin semblable aura voulu toujours
Du même et beau visage orner cent tristes jours.
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L’ancien :

Robert Desnos, À la faveur de la nuit

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.
Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre.
Cette ombre à la fenêtre c’est toi, ce n’est pas une autre, c’est toi.
N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.
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La trouvaille :

Claude Hopil, Cantique XXX

Du rien je m'achemine aux pieds de Jésus-Christ,
Des pieds à son côté où je reçois l'esprit
Qui fait parvenir l'homme à la divine bouche ;
On jouit en ce lieu d'une si grande paix
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Le poème de la quinzaine / début mars 2016

Le moderne :

Colette Gibelin, Dans le doute et la ferveur

Au-delà de la mer,
disais-tu,
quelles lumières ?
Vers quel destin de pierre et de sable
tourner des visages creusés
par la brûlure d’exister.
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L’ancien :

Maurice de Guérin, La bacchante

Voilà la montagne dépouillée des chœurs qui parcouraient ses sommets ; les prêtresses, les flambeaux, les clameurs divines sont retombés dans les vallées ; la fête se dissipe, les mystères sont rentrés dans le sein des dieux.
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La trouvaille :

Jean de la Ceppède, Jésus-Christ nouvel Orphée

L’amour l’a de l’Olympe ici-bas fait descendre ;
L’amour l’a fait de l’homme endosser le péché ;
L’amour lui a déjà tout son sang fait épandre ;
L’amour l’a fait souffrir qu’on ait sur lui craché
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Le poème de la quinzaine / fin février 2016

Le moderne :

Jean-Claude Demay, Ce ne fut pas une vie

Ce ne fut pas une vie, non, ce ne fut pas une vie, mais une agonie, une mort lente très vive, un cauchemar sans fin, et maintenant que je me sens toucher au terme, que mes actions et mes pensées, mes sentiments me semblent tous marqués d’une implacable fatalité, je m’insurge contre le principe, surtout le fait de vivre
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L’ancien :

Victor Hugo, Amis ! un dernier mot !

Amis, un dernier mot ! — et je ferme à jamais
Ce livre, à ma pensée étranger désormais.
Je n’écouterai pas ce qu’en dira la foule.
Car, qu’importe à la source où son onde s’écoule ?
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La trouvaille :

Sabine Sicaud, Ah ! Laissez-moi crier

Ah ! Laissez-moi crier, crier, crier…
Crier à m’arracher la gorge !
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge,
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie
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Le poème de la quinzaine / début février 2016

Le moderne :

Lorand Gaspar, Reprise d'un cantique profane sur le thème de l'exil et de l'étranger

Non pas en exil.
Non pas étranger.
Solidaire des hommes et des bêtes
Solidaire des eaux, de la boue,
de la roche et des champs des forêts et forêts de constellations.
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L’ancien :

Marie Noël, À Vêpres

Le jour s'apaise. Allons cheminer, ô mon âme,
Exilés dans l'oubli de ce monde, tout seuls,
Sur la terrasse haute où quelque vieille femme
Cueille des fleurs aux branches calmes des tilleuls.
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La trouvaille :

Georges Rodenbach, Du silence (VII)

La chambre avait un air mortuaire et fermé
Dans cette hôtellerie, en une ville morte,
Où nous avons vécu, ce divin soir de mai !
Silencieusement se referma la porte
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Le poème de la quinzaine / fin janvier 2016

Le moderne :

Lydie Dattas, Nuit spirituelle

J’écris d’un lieu désertique où la pensée n’a jamais soufflé, où elle ne soufflera jamais : faite pour la Nuit, je ne découvrirai aucune étoile, aucun monde inconnu
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L’ancien :

Blaise Cendrars, Journal

Christ
Voici plus d’un an que je n’ai plus pensé à Vous
Depuis que j’ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
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La trouvaille :

Philippe Desportes, Ceux qui liront ces vers

Ceux qui liront ces vers qu’en pleurant j’ai chantés,
Non pour gloire ou plaisir, ains forcé du martyre,
Voyant par quels détroits Amour m’a su conduire,
Sages à mes dépends, fuiront ses cruautés.
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Le poème de la quinzaine / début janvier 2016

Le moderne :

Jean Pérol, Comme est loin la montagne

Comme est loin la montagne où tu fus de ce monde
comme est loin l’incendie le satin des grands lacs
le corps en est déjà frappé et perd son peu de force
d’être déjà si loin de ce qui fut si neuf
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L’ancien :

Charles Baudelaire, Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
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La trouvaille :

Lucie Delarue-Mardrus, Méditation sur un visage

J’ai douloureusement médité devant vous
Et j’ai pleuré sur vous, vieille dame étrangère,
Qui ne pouviez savoir ma jeunesse légère
Occupée à fixer vos traits pâles et mous.
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