Le poème de la quinzaine / début janvier 2017

Le moderne :

Pierre Guérande, Meuse endormeuse

Et plus loin, le bonheur en pièces détachées
en tronçons tarifés pour l’honneur des lisières
et en vastes décors découpés en épures
Quelques talus hirsutes quelques rives farouches
et ce large miroir qui suffit à la glèbe
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L’ancien :

André Chénier, La jeune captive

L’épi naissant mûrit de la faux respecté ;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l’été
Boit les doux présents de l’aurore ;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui,
Je ne veux point mourir encore.
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La trouvaille :

Jean-Paul de Dadelsen, Dépassé. Provisoirement

Sombre. Mais l’espace plus vaste.
Moins de gens. Le sentier dans l’obscurité
mène-t-il vers une solitude plus vraie ?
Peut-être est-ce à cet âge, en ce lieu, ici
que se partagent les routes.
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Le poème de la quinzaine / fin décembre 2016

Le moderne :

Claude-Henri Rocquet, Tristan

À la dernière année, au dernier pas de la tour, sur la terrasse la plus haute, dans le berceau du vertige, à la hauteur des nuages, à la hauteur des plus hautains oiseaux, à la cime glacée du vent, quand il est parvenu, barbe blanche et visage maigre, il n’a plus de regard.
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L’ancien :

Saint-John Perse, Chant pour un équinoxe

L’autre soir, il tonnait, et sur la terre aux tombes j’écoutais retentir
cette réponse à l’homme, qui fut brève, et ne fut que fracas.
Amie, l’averse du ciel fut avec nous, la nuit de Dieu fut notre intempérie,
et l’amour, en tous lieux, remontait vers ses sources.
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La trouvaille :

Christofle de Beaujeu, Ô belle Nuit

Ô belle Nuit, tu es évanouie,
Où sont logés tes chevaux furieux
Qui brunissaient d’une haleine obscurcie
Les monts, les vaux, les plaines et les cieux ?
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Le poème de la quinzaine / début décembre 2016

Le moderne :

Jean Lavoué, Pour Anne-Marie M.

Pourquoi le mystère de la mort
Nous est-il apparu si simple en ta présence
Pourquoi l’automne a-t-il cette douceur
Pourquoi même les animaux de l’arche sont complices
Pourquoi de très loin l’univers nous fait signe
Pourquoi le ciel nous couvre de caresses
Pourquoi la terre nous prend-elle sur son sein
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L’ancien :

José-Maria de Heredia, Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
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La trouvaille :

Cécile Sauvage, Beauté, dans ce vallon

Beauté, dans ce vallon étends-toi blanche et nue
Et que ta chevelure alentour répandue
S’allonge sur la mousse en onduleux rameaux
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Le poème de la quinzaine / fin novembre 2016

Le moderne :

Marie-Pascale Jégou, Soleil ! Soleil de ma vie !

Soleil ! Soleil de ma vie !
Un instant dans mes doigts s’arrête le fil d’or. Le tremble du jardin a frôlé ma fenêtre. La terre ramoitie s’abreuve de silence.
Mais c’est l’ombre de toi…
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L’ancien :

Pierre de Ronsard, Mignonne, allons voir si la rose

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.
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La trouvaille :

Tristan Derême, Puisque je suis assis

Puisque je suis assis sous ce pin vert et sombre
Qui domine au soleil les tumultes marins,
Ô Muse, apporte-moi les syllabes de l’ombre
Pour rimer au premier de ces alexandrins.
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Le poème de la quinzaine / début novembre 2016

Le moderne :

Paul Laborde, Olympe

Olympe,

je crois que je fatigue.

Mes jambes s’inquiètent du sol
qui les tient.
Elles n’osent plus courir,
elles n’osent plus sauter.

Tu étais là, tu ne l’es plus :
mes jambes se perdent,
elles ne savent plus danser.

Source

L’ancien :

Paul Verlaine, Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
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La trouvaille :

Jean Ogier de Gombauld, Cette source de mort

Cette source de mort, cette homicide peste,
Ce péché, dont l’enfer a le monde infecté,
M’a laissé, pour tout être, un bruit d’avoir été,
Et je suis de moi-même une image funeste.
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Le poème de la quinzaine / fin octobre 2016

Le moderne :

Isabelle Callis-Sabot, Nostalgie

J’ai laissé, loin de moi, à l’abri des montagnes
Un village blotti au milieu des coteaux,
La brise du matin, les fleurs de la campagne
Et le grand mimosa où nichent les oiseaux
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L’ancien :

Paul Éluard, Léda dans son premier sommeil

Je dormais couchée sur le ventre
J’avais conscience de mon ventre
Le ciel pesant coulait en moi
Par mille graines de blé vif
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La trouvaille :

Maurice Blanchard, L’énorme beauté qui va survenir

Les grandes orgues de la destruction, les orages et les vagues de la mer éternellement jeune, voilà l’entrée triomphale de la justice déferlant sur vos châteaux en Espagne bâtis sur le vent, sur la chair et le sang sacré des êtres créés et non créés.
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Le poème de la quinzaine / début octobre 2016

Le moderne :

Christian Bobin, extrait du Très-Bas

Écoutons les bruits du monde à la fenêtre. Le bruit de l’or, le bruit de l’épée, le bruit des prières. Ceux qui comptent leurs sous derrière un rideau lourd. Ceux qui cuvent leur vin au fond de leur château. Ceux qui marmonnent sous la dentelle des anges
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L’ancien :

Charles Péguy, Pour le mercredi 8 janvier 1913

Comme Dieu ne fait rien que par miséricordes,
Il fallut qu’elle vît le royaume en lambeaux,
Et sa filleule ville embrasée aux flambeaux,
Et ravagée aux mains des plus sinistres hordes
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La trouvaille :

Philippe Desportes, C’était un jour d’été

C’était un jour d’été de rayons éclairci,
J’en ai toujours au cœur la souvenance empreinte,
Quand le ciel nous lia d’une si ferme étreinte
Que la mort ne saurait nous séparer d’ainsi.
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