Apportez-moi ce soir les plus sombres des roses,
Celles dont le parfum me rattache au plaisir ;
Ne me
faites penser qu’à de terrestres choses ;
J’ai
croisé les rideaux sur les fenêtres closes…
Le
rêve ravisseur ne pourra me saisir.
LE POÈME DE LA QUINZAINE
Tous les 15 du mois, une sélection de grands poèmes pour (re)découvrir la poésie de langue française
Terreur (Marie de Régnier, née de Heredia)
Imprécise (Marie de Régnier, née de Heredia)
La nuit… la nuit… la nuit…
tout est bleu, tout est vague.
Dis ? avons-nous vécu
la tristesse et le jour ?
L’oubli… l’oubli…
l’oubli… Jette dans l’eau tes bagues
Avec tous les adieux qui n’ont pas de
retour.
Le retour (Marie de Régnier, née de Heredia)
Tu reviendras ce soir, portant des fleurs
sauvages,
Par les chemins de l’ombre où les arbres
sont bleus,
Et, voilant les reflets des fuyants paysages,
Tout
le grand crépuscule assombrira tes yeux.
Au matin, je la croyais morte (Anne Fontaine)
Au matin, je la croyais morte. La voici, plus belle que le jour. Elle avance comme une canonnière. Comme un vaisseau à l’abordage. Je suis le flot qu’elle pourfend. Elle m’envahit, elle me pénètre.
D’abîme en abîme... (Jean-Claude Demay)
D’abîme en abîme je suis descendu jusqu’aux plus reculées régions de l’être et j’ai perçu, derrière la paroi des apparences et de mes hallucinations, le souffle rauque d’une sorte de bête inexistante,
Le prisme du canal... (Jean-Claude Demay)
Le prisme du canal parachevé de morts insensiblement dresse les fûts abattus de part et d’autre de l’allée liquide. Loin en aval il coule un vent blafard coupant,
Il avait vu... (Jean-Claude Demay)
Il avait vu l’ombre verte des cathédrales
et les vitraux arborescents
la flamme végétale en volutes
le lac de verre à boire l’âme