Marcher (Philippe Delarbre)

Nous qui n'avons jamais eu de jeunesse
qui n'avons connu

Je suis d’avant la terre (Anne Fontaine)

Je suis d’avant la terre. L’eau primordiale est ma patrie. Pourtant, moi, Sirène, je ne suis heureuse que parmi vous. Entre deux vagues, à marée haute, j’ai vu vos toits d’ardoise bleue, j’ai entendu les cloches de vos clochers, j’ai senti l’odeur de vos vergers. Plus tard, le sable rose, la plage ourlée de bruns oursins, une nacelle ramenant les filets ; en vol plongeant, des mouettes dans son sillage. L’aube, soudain, jaillit des pins, et mon cœur s’est ému. Depuis lors, entre deux vagues, à marée haute, à marée basse, je vous cherche toujours. J’aime la terre dans son entier. Les raz de marée, ni les tremblements de terre n’ont ébranlé ma foi. Et pourtant…

Demain (Élisa Mercœur)

Chaque flot, tour à tour, soit qu’il sommeille ou gronde,
Emporte mon esquif où le conduit le sort ;
Et, passager sans nom sur l’océan du monde,
Je m’éloigne incertain de l’écueil ou du port.

Tu es belle (Pascale Toussaint)

Tu es belle
Qui fillette
Cherchais partout à voir
Ton reflet ton visage

Une rose (Pascale Toussaint)

À Ornella

Une rose est tombée
Bouton à peine éclos
Qui laissait deviner
Sa blancheur à venir

J’ai quitté celle que je fus... (Anne Fontaine)

J’ai quitté celle que je fus, pour entrer dans ta maison. Alors, je voyageais la nuit, avec les noctuelles.

Terreur (Marie de Régnier, née de Heredia)

Apportez-moi ce soir les plus sombres des roses,
Celles dont le parfum me rattache au plaisir ;
Ne me faites penser qu’à de terrestres choses ;
J’ai croisé les rideaux sur les fenêtres closes…
Le rêve ravisseur ne pourra me saisir.