Le poème de la quinzaine / fin novembre 2014

Le moderne :

Alain Grandbois, L’aube ensevelie

Plus bas encore mon amour taisons-nous
Ce fruit ouvert dans le soleil
Tes yeux comme l’haleine de l’aurore
Comme le sel des buissons révélateurs
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L'ancien :

Théophile de Viau, Lettre à mon frère

Mon frère, mon dernier appui,
Toi seul dont le secours me dure
Et qui seul trouves aujourd’hui
Mon adversité longue et dure ;
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La trouvaille :

Jean de la Ville de Mirmont, L’Horizon chimérique, V

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.
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Le poème de la quinzaine / début novembre 2014

Le moderne :

Martine Biard, Retrouvailles inédites

Ceux que j’appelle
Par leur nom
Et qui n’ont plus de nom
Ceux qui sont devenus
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L'ancien :

Jean Racine, Le songe d'Athalie

C'était pendant l’horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté
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La trouvaille :

Henry-Jacques, L'inoubliable

C’est l’heure. Un lourd silence étalé sur la plaine.
Des hommes dans un trou attendent, l’arme au poing.
L’armistice, la fin ? — Ces gars y croient à peine,
L’avenir et la paix leur paraissent trop loin.
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Le poème de la quinzaine / fin octobre 2014

Le moderne :

Roland Nadaus, Ne meurs pas !

Ne meurs pas :
j'ai lavé la cuisine ce matin et elle est déjà sale
il vient de me pousser un onzième doigt ne meurs pas !
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L'ancien :

Théodore de Banville, La nuit

À cette heure où les cœurs, d’amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d’étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers ?
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La trouvaille :

Eugénie de Guérin, Litanies de la tristesse

Ô Christ, qui êtes venu pour souffrir, ayez pitié de ma tristesse.
Ô Christ, qui avez pris sur vous nos douleurs,
Ô Christ, qui avez été délaissé en naissant,
Ô Christ, qui avez vécu sur la terre étrangère,
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Le poème de la quinzaine / début octobre 2014

Le moderne :

Gilles Baudry, Brocéliande

Trouve des mots
qui soient des portes
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L'ancien :

Arthur Rimbaud, Aube

J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché
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La trouvaille :

Évelyne Laurence, L’étreinte de la terre

Je suis cette colline amoureuse d’un lac
Jusqu’à fondre en ses eaux sa couronne d’ombrages,
Je suis la terre heureuse et chaude du rivage
Qui boit l’effervescence au baiser du ressac.
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Le poème de la quinzaine / fin septembre 2014

Le moderne :

Jean-Philippe Salabreuil, Je suis là

Vous me croyez vivant
Je laisse mes yeux ouverts
Je regarde la nuit
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L'ancien :

Anna de Noailles, Offrande

Mes livres je les fis pour vous, ô jeunes hommes,
       Et j'ai laissé dedans,
Comme font les enfants qui mordent dans des pommes,
       La marque de mes dents.
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La trouvaille :

Nicolas Gilbert, Ode

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs.
Je meurs ; et, sur ma tombe où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.
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Le poème de la quinzaine / début septembre 2014

Le moderne :

Édouard Glissant, Afrique

J’entends l’an marteler sur tes pistes son cri atone
J’entends le tambour lent des terres qu’on dessouche entends
La terre dans la bouche et le vocable dessillé
Comme un ban de tribus qui vont rouvrir la guerre
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L'ancien :

Charles Péguy, Présentation de Paris à Notre-Dame

Étoile de la mer, voici la lourde nef
Où nous ramons tout nuds sous vos commandements ;
Voici notre détresse et nos désarmements ;
Voici le quai du Louvre, et l’écluse, et le bief.
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La trouvaille :

Antoinette Deshoulières, Phèdre

Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême,
Dit des vers où d’abord personne n’entend rien ;
Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien,
Contre l’affreux dessein d’attenter sur soi-même.
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Le poème de la quinzaine / fin août 2014

Le moderne :

Anne Fontaine, Au matin, je la croyais morte

Au matin, je la croyais morte. La voici, plus belle que le jour. Elle avance comme une canonnière. Comme un vaisseau à l’abordage. Je suis le flot qu’elle pourfend. Elle m’envahit, elle me pénètre.
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L'ancien :

Paul Éluard, Je te l'ai dit...

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
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La trouvaille :

Armand Robin, Devant le portrait de ma mère

Les yeux tristes, mère ? N’es-tu pourtant pas morte ?
Qu’as-tu ? Malgré ta coiffe blanche d’enterrée,
On dirait que mon souvenir en toi sanglote
Très bas, trop bas pour qu’un ange puisse écouter.
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